Date : near 1737
Dimensions : 98 cm x 73 cm Material : Oil on canvas Acquisition : Don de Friedrich Unger (1939)
| Item 17 on 22 Italian Painting Painting (Thème historique)
Area related Ségovie (Spain)
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 | Description |  |
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Cette oeuvre est l'esquisse du tableau que Trevisani exécutera vers 1737, qui s'insérait dans un ensemble de huit compositions consacrées à Alexandre le Grand. La commande était destinée à la décoration du Salon de Las Empresas del Rey au palais de la Granja de San Idelfonso (Ségovie), aujourd'hui à l'Escorial. Le Musée d'Art et d'Histoire de Genève conserve une esquisse de l'oeuvre précédant celle du Louvre. Trevisani s'inspirera d'un tableau peint par Charles le Brun, aujourd'hui conservé au musée national du Châteu de Versailles.
Histoire d'Alexandre de Quinte-Curce - Livre III
Après s'être fatigué longtemps à poursuivre Darius, Alexandre, voyant approcher la nuit sans espoir de l'atteindre, retourna au camp dont ses troupes venaient de s'emparer. Il fit alors inviter à sa table les plus familiers d'entre ses amis; car sa blessure, qui ne lui avait qu'effleuré légèrement la cuisse, ne l'empêchait point de prendre part au repas. Tout à coup part de la tente voisine un cri lugubre mêlé de hurlements et de lamentations à la manière des Barbares, qui vient effrayer les convives. La troupe qui gardait la tente du roi, craignant que ce ne fût le commencement de quelque mouvement sérieux, s'était empressée de prendre les armes. Or, la cause de cette alarme subite fut que la mère et l'épouse de Darius, avec les femmes de distinction qui partageaient leur captivité, croyant ce prince mort, le pleuraient avec des gémissements et de bruyantes clameurs. C'était un des eunuques prisonniers que le hasard avait fait passer devant leur tente, et qui avait reconnu, aux mains de l'homme qui l'avait trouvé, le manteau de Darius, jeté, comme on l'a dit, par ce prince, pour que ses vêtements royaux ne le trahissent point : il s'était persuadé qu'on en avait dépouillé le roi tué, et avait apporté la fausse nouvelle de sa mort. On rapporte qu'Alexandre, en apprenant l'erreur de ces femmes, versa des larmes sur la fortune de Darius et sur l'attachement qu'elles lui portaient. D'abord il avait choisi, pour aller les consoler, Mithrénès, qui lui avait livré Sardes, et qui connaissait la langue des Perses; mais, craignant que la vue de ce traître ne provoquât la colère des captives et n'aggravât leur chagrin, il leur envoya Léonnatus, l'un de ses courtisans, avec ordre de les informer qu'elles pleuraient sans sujet Darius, qui vivait encore. Celui-ci, accompagné d'un petit nombre de gardes, se présente devant la tente des reines prisonnières, et se fait annoncer comme envoyé par le roi. Mais ceux qui étaient à l'entrée, aussitôt qu'ils aperçoivent des hommes armés, se persuadent que c'en est fait de leurs maîtresses, et se précipitent dans la tente, leur criant que leur dernière heure est arrivée, et que des soldats ont été envoyés pour égorger les captives. Incapables de leur défendre l'entrée, et n'osant la leur permettre, les infortunées ne firent aucune réponse, et elles attendaient en silence les volontés du vainqueur. Léonnatus resta longtemps sans être introduit; puis, comme personne n'osait sortir, il laissa ses gardes dans le vestibule, et entra dans la tente. Ce fut un nouveau sujet d'alarme pour les prisonnières de le voir paraître ainsi au milieu d'elles, sans qu'elles l'y eussent admis. Aussi l'épouse et la mère, tombant à ses pieds, commencèrent à le supplier de leur permettre, avant qu'on les tuât, d'ensevelir les restes de Darius; une fois libres de ce devoir suprême, elles sauraient mourir avec courage. Léonnatus leur répondit que Darius vivait, et que, pour elles, non seulement leurs jours étaient assurés, mais qu'elles seraient toujours reines, avec les honneurs de leur ancienne fortune. La mère de Darius permit alors qu'on la relevât.
Le lendemain, Alexandre ayant fait donner avec soin la sépulture à ceux de ses soldats dont on avait trouvé les corps, commanda qu'on rendît le même honneur aux principaux chefs de l'armée des Perses, et permit à la mère de Darius d'ensevelir, suivant les usages de son pays, ceux qu'il lui plairait de choisir. Celle-ci se contenta de faire inhumer le petit nombre de ses parents les plus proches, avec la simplicité que commandait sa fortune présente; elle craignait que l'appareil usité chez les Perses dans les cérémonies funèbres n'offensât les regards, lorsqu'on brûlait avec si peu de pompe les corps des vainqueurs. Ayant ainsi rendu aux morts les derniers devoirs, Alexandre fit prévenir les prisonnières qu'il venait en personne les visiter; et, laissant derrière lui son escorte, il entra dans leur tente, accompagné d'Héphestion. Élevé jadis avec le roi, Héphestion, de tous ses amis, était le plus cher : c'était le confident de tous ses secrets; nul autre n'avait le droit de l'avertir avec la même liberté, et il usait de ce droit de manière à ce qu'il parût une concession du roi plutôt qu'un privilège qu'il s'était arrogé. Son âge était le même que celui d'Alexandre, mais sa taille beaucoup plus haute. Aussi, le prenant pour le roi, les deux princesses l'honorèrent à la façon des Perses. Des eunuques prisonniers leur montrèrent Alexandre, et aussitôt Sisigambis se jeta à ses pieds, en s'excusant de sa méprise sur ce qu'elle ne l'avait jamais vu. Mais le roi lui tendant la main pour la relever : "Vous ne vous êtes pas trompée, ma mère, lui dit-il, car celui-ci est aussi Alexandre."
Ah! sans doute, s'il eût conservé jusqu'à la fin de sa vie cette modération de sentiments, il me paraîtrait bien plus heureux qu'il ne sembla l'être, lorsqu'il imitait le triomphe du dieu Bacchus, après avoir parcouru en vainqueur toutes les contrées depuis l'Hellespont jusqu'à l'Océan. Il eût vaincu ces deux indomptables passions de son coeur, l'orgueil et la colère; il ne se fût point souillé du meurtre de ses amis au milieu des festins; il eût craint de faire périr, sans les entendre, d'illustres guerriers, conquérants avec lui de tant de nations. C'est que la fortune n'avait pas encore versé le poison dans son âme : il en reçut les premières faveurs avec modération et sagesse; mais il finit par ne pouvoir plus en supporter l'excès. Dans la circonstance dont nous parlons, il surpassa en retenue et en clémence tous les rois qui l'avaient précédé. Les filles de Darius étaient d'une grande beauté, et il les respecta comme si elles eussent eu le même père que lui. L'épouse de ce prince, la plus belle des femmes de son époque, fut aussi pour lui un objet sacré, et il mit le plus grand soin à préserver sa pudeur du moindre outrage. Il voulut que l'on rendît aux femmes toutes leurs parures; et, dans leur captivité, il ne leur manqua rien de leur ancienne fortune, que la confiance. C'est pourquoi Sisigambis lui dit : "Roi, tu mérites que nous fassions pour toi les mêmes voeux que nous faisions naguère pour notre cher Darius; et, je le vois, tu es digne d'avoir surpassé un si grand roi en fortune comme en noblesse d'âme. Tu me donnes les noms de mère et de reine, et moi je me reconnais pour ton esclave. Je ne suis point au-dessous de la hauteur de ma condition passée, et je puis supporter l'abaissement de celle où je me trouve. C'est à toi de voir si, maître absolu de notre destinée, tu veux manifester ton pouvoir par la clémence plutôt que par la rigueur." Le roi les invita à ne point perdre courage; puis, il prit entre ses bras le fils de Darius. L'enfant, sans éprouver de frayeur à l'aspect d'un étranger qu'il voyait alors pour la première fois, lui passa ses mains autour du cou. Son assurance toucha Alexandre, qui, se tournant vers Héphestion : "Que je voudrais, lui dit-il, que Darius eût eu quelque chose de cet heureux naturel' " Aussitôt après, il quitta la tente; et ayant élevé sur les bords du Pinare trois autels consacrés à Jupiter, à Hercule et à Minerve, il prit la route de la Syrie : Parménion marchait en avant sur Damas, où étaient les trésors du roi de Perse.
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