Date : approx. between 1660 and 1670
Material : Oil on canvas Acquisition : Don d'Adolphe Stein, marchand de tableaux et de dessins (1973)
| Junon, reine de cieux, descend de son char pour confi?e Io (figur?e en vache) au berger Argus Item 19 on 30 Flemish and Northern Painting Painting (Th?me mythologique)
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 | Description |  |
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Jupiter, qui aime Io, est oblig? de lui donner l'apparence d'une vache pour qu'elle soit ?pargn?e de la jalouisie de Junon
Les M?tamorphoses d'Ovide (Livre I 568-747)
Io (I, 568-600)
Il est dans l'H?monie une vall?e profonde qu'entourent d'?paisses for?ts; on l'appelle Temp?. C'est l? que le P?n?e, tombant du haut du Pinde, roule avec fracas ses flots ?cumeux; forme dans sa chute rapide un humide brouillard qui arrose la cime des bois environnants, et du bruit de son torrent fatigue au loin les ?chos. C'est l? qu'est la demeure de ce fleuve puissant; c'est l? que des rochers de son antre il commande ? ses ondes et aux nymphes qui les habitent. Tous les fleuves voisins de cette contr?e se rendent aupr?s de P?n?e, incertains s'ils doivent le f?liciter, ou le consoler de la perte de sa fille. On y voit le Sperchius, au front ceint de peupliers, l'?nip?e, dont les eaux ne sont jamais tranquilles; le vieil Apidane, le paisible Amphryse, et l'?as, et tous les autres fleuves qui, terminant enfin leur course imp?tueuse et vagabonde, vont reposer dans l'oc?an leurs flots fatigu?s d'un long cours.
[583] Le seul Inachus ne vint point. Cach? dans sa grotte profonde, il grossissait ses flots de ses larmes. Il pleure Io, sa fille, qu'il a perdue, ignorant si elle jouit encore de la vie, ou si elle est descendue chez les morts; et comme il ne l'a trouv?e nulle part, il ne peut croire qu'elle existe encore : il craint m?me pour elle de plus grands malheurs.Le ma?tre des dieux l'avait vue lorsqu'elle revenait des bords du fleuve de son p?re : "? nymphe ! avait-il dit, nymphe digne de Jupiter, quel est l'heureux mortel destin? ? poss?der tant de charmes ? Viens sous les ombres ?paisses de ces bois (et il les lui montrait), viens, tandis que le soleil, ?lev? au plus haut des cieux, embrase les airs. Ne crains pas de p?n?trer seule dans ces forets, retraite des b?tes farouches; un dieu t'y servira de guide et de protecteur; et ce ne sera pas un dieu vulgaire, mais celui-l? m?me qui de sa main puissante tient le sceptre des cieux et qui lance la foudre. Arr?te et ne fuis pas". Elle fuyait en effet. Elle avait d?j? d?pass? les p?turages de Lerne, et les champs et les arbres du Lync?e, lorsque le dieu, couvrant au loin la terre de t?n?bres, arr?ta la fuite de la nymphe, et triompha de sa pudeur.
Argus (I, 501-688)
Cependant Junon, abaissant ses regards sur la terre, s'?tonne de voir que d'?pais nuages aient chang? soudain, en une nuit profonde, le jour le plus brillant. Elle reconna?t bient?t que ces brouillards ne s'?levaient point du fleuve ni du sein de la terre humide. Elle cherche de tous c?t?s son ?poux qu'elle a si souvent vu et surpris infid?le, et ne le trouvant point dans le ciel : "Ou je me trompe, dit-elle, ou je suis encore outrag?e"; et s'?lan?ant du haut de l'Olympe sur la terre, elle commande aux nuages de s'?loigner.
[610] Mais Jupiter avait pr?vu l'arriv?e de son ?pouse, et d?j? il avait transform? en g?nisse argent?e la fille d'Inachus. Elle est belle encore sous cette forme nouvelle : Junon, en d?pit d'elle-m?me, admire sa beaut?; mais, comme si elle e?t tout ignor?, elle demande d'o? elle est venue, ? quel troupeau elle appartient, et quel en est le ma?tre. Jupiter, pour mettre fin ? ces questions, feint, et r?pond que la terre vient de l'enfanter. La fille de Saturne le prie de la lui donner. Que fera-t-il ? sera-t-il assez cruel pour livrer son amante ? sa rivale ? un refus cependant le rendra suspect. Ce que la honte lui conseille, l'amour le lui d?fend, et l'amour sans doute e?t triomph? : mais Jupiter peut-il refuser un don si l?ger ? sa soeur, ? la compagne de son lit, sans qu'elle ne soup?onne que ce n'est pas une g?nisse qu'on lui refuse ? Junon, l'ayant obtenue, ne fut pas m?me enti?rement rassur?e; elle craignit Jupiter et ses artifices, jusqu'? ce qu'elle e?t confi? cette g?nisse aux soins vigilants d'Argus, fils d'Arestor.
[625] Ce monstre avait cent yeux, dont deux seulement se fermaient et sommeillaient, tandis que les autres restaient ouverts et comme en sentinelle. En quelque lieu qu'il se pla??t, il voyait toujours Io, et, quoique assis derri?re elle, elle ?tait devant ses yeux. Il la laisse pa?tre pendant le jour; mais lorsque le soleil est descendu sous la terre, il l'enferme et passe ? son col d'indignes liens. Infortun?e ! elle n'a pour aliments que les feuilles des arbres et l'herbe am?re; pour boisson, que l'eau bourbeuse; pour lit, que la terre souvent toute nue. Elle veut tendre ? son gardien des bras suppliants, elle ne les trouve plus; elle veut se plaindre, il ne sort de sa bouche que des mugissements dont elle est ?pouvant?e. Elle se pr?sente aux bords de l'Inachus, jadis t?moin de ses jeux innocents; ? peine a-t-elle vu, dans les eaux du fleuve, sa t?te et ses cornes nouvelles, elle est effray?e et se fuit elle-m?me. Les Na?ades ignorent qui elle est; son p?re m?me, Inachus, ne peut la reconna?tre. Cependant elle suit son p?re, elle suit ses soeurs; elle s'offre ? leurs regards ?tonn?s de sa beaut?; elle se laisse caresser de la main. Le vieil Inachus arrache des herbes et les lui pr?sente; elle l?che, elle baise les mains de son p?re; elle verse des larmes. Ah ! si elle avait encore l'usage de la voix, elle implorerait son secours; elle dirait et son nom et ses malheurs. Mais, au d?faut de la voix, des lettres que son pied trace sur le sable apprennent au vieillard le destin d?plorable de sa fille.
[651] "Malheureux que je suis ! s'?crie-t-il suspendant ses bras au cou de la g?nisse g?missante, p?re infortun? ! est-ce donc toi que j'ai cherch?e par toute la terre ? H?las ! en ce jour je te revois et ne te retrouve pas. Ah ! j'?tais moins ? plaindre quand j'ignorais ton sort. Tu te tais; tu ne r?ponds pas ? mes plaintes. Seulement de profonds soupirs s'?chappent de ton sein. Tu voudrais parler, et tu ne peux que mugir. Incertain de ta destin?e, j'avais pr?par? pour toi les flambeaux de l'hymen; j'attendais de toi un gendre et des neveux : maintenant c'est dans un troupeau que tu dois trouver un mari et placer tes enfants. Malheureux d'?tre dieu ! la mort ne peut terminer mon d?plorable destin : la porte du tr?pas m'est ferm?e, et ma douleur doit ?tre ?ternelle comme moi."Le monstre aux cent yeux, interrompant ces plaintes, arrache Io des bras de son p?re, la conduit dans d'autres p?turages, s'assied sur le sommet d'une colline, et prom?ne autour d'elle des regards vigilants.
[668] Cependant, le ma?tre des dieux ne peut supporter plus longtemps les malheurs de la soeur de Phoron?e. Il appelle son fils Mercure, n? de la plus belle des Pl?iades; il lui commande de livrer Argus ? la mort. Aussit?t, Mercure attache ses ailes ? ses talons, couvre sa t?te de son casque, arme sa main puissante du caduc?e qui fait na?tre le sommeil, et du palais de Jupiter, il descend rapidement sur la terre. Il d?pose, ? l'?cart, et son casque et ses ailes; il ne retient que le caduc?e, dont il se sert, comme un berger de sa houlette, pour rassembler un troupeau de ch?vres qu'il a d?rob?es dans les champs, et qu'il conduit en jouant du chalumeau.
[678] S?duit par l'harmonie de cet instrument nouveau, "Qui que tu sois, dit le gardien pr?pos? par Junon, tu peux t'asseoir, avec, moi, sur cette roche : tu chercherais vainement un meilleur p?turage pour tes ch?vres, et cet ombrage frais, tu le vois, invite le pasteur."Le petit-fils d'Atlas s'assied, et d'abord, par de longs discours, il semble arr?ter le jour qui s'?coule; ensuite, par les accords lents de la fl?te, il veut endormir Argus. Cependant le monstre combat le doux sommeil, et quoiqu'une partie de ses yeux en soit vaincue, l'autre veillant encore, il demande quel art a fait na?tre la fl?te nouvellement invent?e.
Syrinx (I, 689-746)
Mercure r?pond : "Sur les monts glac?s de l'Arcadie, parmi les Hamadryades qui habitent le Nonacris, paraissait avec ?clat une na?ade que les nymphes appelaient Syrinx. Plusieurs fois elle avait ?chapp? ? la poursuite des Satyres, ? celle de tous les dieux des bois et des campagnes. Elle imitait les exercices de Diane; elle lui avait consacr? sa virginit? : elle avait le m?me port, les m?mes v?tements, et on l'e?t prise pour la fille de Latone, si son arc d'ivoire e?t ?t? d'or, comme celui de la d?esse; et cependant on s'y m?prenait encore. Un jour, le dieu Pan, qui h?risse sa t?te de couronnes de pin, descendant du Lyc?e, la vit, et lui adressa ce discours...." Mercure allait le rapporter. Il allait dire comment la nymphe, insensible ? ses pri?res, avait fui par des sentiers difficiles jusqu'aux rives sablonneuses du paisible Ladon; comment le fleuve arr?tant sa course, elle avait implor? le secours des na?ades, ses soeurs; comment, croyant saisir la nymphe fugitive, Pan n'embrassa que des roseaux; comment, pendant qu'il soupirait de douleur, ces roseaux, agit?s par les vents, rendirent un son l?ger, semblable ? sa voix plaintive; comment le dieu, charm? de cette douce harmonie et de cet art nouveau, s'?cria : "Je conserverai du moins ce moyen de m'entretenir avec toi"; comment enfin le dieu, coupant des roseaux d'in?gale grandeur, et les unissant avec de la cire, en forma l'instrument qui porta le nom de son amante.
[713] Mais, lorsqu'il se pr?parait ? raconter la fin de cette aventure, il s'aper?oit que tous les yeux d'Argus ont ?t? vaincus par le sommeil. Il cesse de parler, et, les touchant de sa baguette puissante, il ?paissit encore les pavots dont ils sont surcharg?s. Soudain, de son glaive recourb?, il abat la t?te chancelante du monstre; elle tombe et roule sur le rocher ensanglant?.Tu meurs, Argus; tes cent yeux sont ferm?s ? la lumi?re; ils sont couverts d'une ?ternelle nuit : Junon les recueille, et les pla?ant sur les plumes de l'oiseau qui lui est consacr?, ils brillent en ?toiles, sur sa queue ?pandus.
Cependant le courroux de la d?esse s'augmente par le meurtre d'Argus. Elle cherche une prompte vengeance. Sans cesse une furie impitoyable frappe les regards et trouble l'esprit de sa rivale; d'aveugles terreurs remplissent son ?me : elle erre et fuit ?pouvant?e par tout l'univers. Le Nil devait ?tre le terme de ses infortunes : arriv?e sur ses bords, ?puis?e de lassitude, elle tombe sur ses genoux, et, repliant son col en arri?re, elle tourne son front vers les cieux; par des g?missements, des larmes et des mugissements plaintifs, elle semble se plaindre ? Jupiter, et lui demander la fin de ses malheurs. Alors ce dieu, pressant dans ses bras son auguste compagne, la conjure de se laisser fl?chir : "Cessez de craindre, dit-il, dans l'avenir; Io ne sera plus pour vous un sujet d'alarmes". Il le jure, et il commande au Styx d'entendre ce serment.
[738] La col?re de Junon s'apaise. Soudain, la nymphe reprend sa forme premi?re; elle est ce qu'elle avait ?t?. Son poil s'efface; ses cornes disparaissent; l'orbe de ses yeux se r?tr?cit; sa bouche se resserre; ses ?paules et ses mains reviennent en leur premier ?tat; cinq ongles s?parent et divisent la corne de ses pieds : il ne lui reste de la g?nisse que son ?clatante blancheur. Elle se rel?ve sur deux pieds qui suffisent pour la porter : mais elle n'ose parler encore; elle craint de mugir, et sa bouche timide ne fait entendre que des mots entrecoup?s.
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