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  Worldvisitguide > Places > The Museum of the Opera... > Italian Sculpture > Cour > Histoire d'Abraham (détail)
Histoire d'Abraham (détail)

Date : approx. between 1430 and 1439

Dimensions : 80 cm high
Material : Gilded bronze
The Museum of the Opera del Duomo
Cour
Ground Floor - Section 17
Item 68 on 75
Italian Sculpture
Sculpture (Bas-relief)

Area related
Florence (Italy)
Site related :
Battistero



Description   

Comme la plupart des maîtres florentins, Lorenzo Ghiberti fera son apprentissage dans des ateliers d'orfèvres. Il sera l'élève de Bartolo di Michelo. Il comptera parmi les premiers sculpteurs-orfèvres du Quattrocento qui associeront étroitement la sculpture et la peinture.

Ghiberti, pourtant inconnu, remportera en 1401, le concours de la seconde porte en bronze du Baptistère de Florence - aux dépends de Brunelleschi et Jacopo della Quercia. Ce concours sera considéré comme l'acte fondateur de la Renaissance artistique. Ghiberti, ainsi que Donatello, seront les initiateurs d'une sculpture permettant la représentation naturelle d'un grand nombre de figures placées dans un espace totalement nouveau. L'exécution de la commande, qui n'osera pas s'écarter du schéma gothique adopté par Andrea Pisano, l'auteur de la première porte, s'étalera de 1403 à 1424.

Les thèmes de l'Ancien Testament sera choisi par Leonardo Bruni, chancelier de la République florentine, qui prévoira dans un premier temps une composition comprenant vingt-huit compartiments, à l'exemple des autres portes, vingt devant illustrer des épisodes de l'Ancien Testament et huit des figures de prophètes. Ghiberti semble avoir suivi ce plan quelques mois, que l'on retrouve sur la partie postérieure des vantaux. L'idée de réduire le nombre de scènes à dix (deux fois cinq) pour en accroître l'intensité semble s'être imposée rapidement. On fera appel à Ambrogio Traversari, général de l'ordre des Camaldules, qui semble s'être inspiré de la doctrine de saint Antonin, archevêque de Florence entre 1389 et 1459.

L'artiste, totalement libre dans l'interprétation du thème imposé, disposera de moyens financiers sans limite, comme il l'écrira plus tard dans ses Commentaires : "On me laissa libre de la réaliser (la porte) de la façon dont il me semblait qu'elle fût la plus parfaitement ornée et la plus riche".

La réalisation de l'oeuvre, à laquelle participeront Luca della Robbia, Donatello, Michelozzo (1336/1442), Benozzo Gozzoli (à partir de 1442), Bernardo Cennini, ainsi que les deux fils de Ghiberti, Vittore et Tomaso, exigera vingt-sept années d'efforts. Le sculpteur utilisera la perspective, et un relief de moins en moins accentué, pour disposer un grand nombre de personnages sur plusieurs plans. Michel-Ange estimera que ces portes seront dignes d'ouvrir sur le Paradis. Vasari écrira, à leur sujet, qu'il s'agissait de "la plus belle oeuvre qui se soit jamais vue au monde, tant chez les anciens que chez les modernes".

Les dix panneaux de la Porte du Paradis illustrent des scènes tirées de l'Ancien Testament, de la Genèse au Livre des Rois. La lecture s'opère de gauche à droite, et de haut en bas. Les trois premières scènes - Création et Histoire d'Adam et Eve / Histoire de Caïn et Abel / Histoire de Noé - introduisent les thèmes de la chute, du sacrifice et de la rédemption. Les suivantes sont plus directement liées à l'histoire du salut et aux préfiguration du Messie - Abraham sur le point d'immoler son fils Isaac évoque le sacrifice de Jésus / Esaü abandonnant son droit d'aînesse annonce la venue des gentils à la place du peuple élu / Joseph pardonnant à ses frères qui l'ont vendus représente la miséricorde du Christ / l'histoire de Moïse, celle de Josué et celle de la Jeunesse de David peuvent être interprétées comme des interventions divines apportant le salut. La scène centrale du dernier panneau, qui évoque la rencontre de Salomon et de la reine de Saba, évoque le mariage mystique de Jésus avec son église. On peut également y voir une allusion au concile qui se tiendra à Florence en 1439, convoqué à Ferrare et transféré par Eugène IV suite aux sollicitations de Cosme l'Ancien, dans le but de réconcilier les Chrétiens d'Orient et d'Occident.

L'encadrement des battants est orné de quarante-huit prophètes et autres personnages bibliques. La moitié d'entre eux apparaissent sous forme de figures entières placées dans des niches, les autres sous forme de têtes qui se détachent de médaillons. Lorenzo Ghiberti y introduira son propre portrait ainsi que celui de son fils, Vittore.

Les Portes du Paradis resteront en place jusqu'aux inondations de l'Arno, en 1966.Six des dix panneaux, aujourd'hui exposés au musée, seront arrachés de leur châssis par la violence des flots. Les autres seront démontés pour restauration. Les visiteurs peuvent admirer une copie de la porte à son emplacement d'origine, réalisée à partir d'un moulage pris au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. La dorure des reliefs sera réalisée par galvanoplastie, la législation européenne sur la sécurité sur les lieux de travail interdisant la dorure au mercure du fait des vapeurs toxiques qu'elle engendre.

Marcel Raymond, dans un article publié dans la Gazette des Beaux-Arts (Paris, 1896, série III, tome 16), évoque ainsi le talent de l'artiste et l'aboutissement de son oeuvre :

"- Ghiberti va rompre avec toutes les lois qui avaient jusqu'alors présidé à l'ordonnance du bas-relief et il va tenter de doter l'art de la sculpture de certaines ressources que l'on avait considérées jusqu'alors comme étant le lot exclusif de la peinture. Comme un peintre, Ghiberti veut se servir des secrets de la perspective pour étager ses personnages sur des plans différents, pour les multiplier, pour les placer dans leur milieu, dans de beaux décors de paysage ou d'architecture, et pour faire flotter autour d'eux la caressante lumière du soleil.

C'était une tentative nouvelle, très hardie, sur certains points fort contestable, en définitive tout à fait féconde. Quelques reproches que Ghiberti ait pu encourir dans l'application de sa méthode, elle était un véritable trait de génie, et depuis lors l'art de la sculpture n'a cessé de s'en inspirer. Ghiberti a dit et démontré que, jusqu'à lui, cet art avait été confiné dans des bornes trop étroites; il a brisé ces barrières, ouvrant à la sculpture une route nouvelle sur laquelle elle n'avait pas encore osé s'aventurer. Sans doute, dans cette voie qu'ils tenteront de suivre en compagnie des peintres, les sculpteurs ne pourront aller aussi loin qu'eux, et la différence des moyens dont les deux arts disposent leur assignera toujours des limites différentes. Mais, sans nier ces limites, on peut affirmer que Ghiberti a légitimement enrichi la sculpture de ressources nouvelles.

Dans la première Porte, son style était encore conventionnel. Étroitement attaché aux doctrines de l'école gothique à son déclin, il semblait croire que la beauté ne pouvait exister en dehors de certains mouvements du corps et de certaines formes de draperies et, partant, ses figures étaient monotones et d'une observation insuffisante. Dans la seconde porte, il n'y a plus de trace de ce mauvais goût et le style devient d'une telle pureté, d'un si grand naturel, qu'on peut le dire inimitable. Le sentiment spécial de la beauté des lignes, du charme d'une élégante silhouette et, plus particulièrement, la recherche de ces formes souples et gracieuses qui sont le signe de la jeunesse, constituent l'art de Ghiherti et le distinguent de tous ses contemporains ...

Dans la première porte, il avait tenté de reproduire une grande variété de sentiments ; dans la seconde, il ne parait plus se préoccuper au même degré de l'expression, ou plutôt il semble ne plus vouloir exprimer qu'une seule chose, le bonheur de la jeunesse et de la beauté. Nul n'a su dire comme lui :
- Ce que peuvent sur nous pour guérir toute peine
- Ces deux signes jumeaux de paix et de bonheur,
- Jeunesse de visage et jeunesse de coeur.

Où pourrions-nous trouver des figures plus charmantes que cette Eve s'éveillant à la vie, les anges apparaissant à Abraham, Abel dirigeant sa charrue, le fils de Noé se détournant de son père, ou cette jeune mère qui, dans l'histoire de Joseph, s'éloigne avec son fils, en tenant un sac de blé sur sa tête? Jamais l'humanité n'a conçu un plus beau rêve, jamais elle n'a fait une halte si heureuse dans sa longue route de douleurs. Ghiberti est bien vraiment le plus pur représentant du génie de ce peuple italien, que son beau soleil et la richesse de son sol prédestinaient plus que tout autre à chanter la jeunesse, l'amour, tous les sourires de la vie."

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