Le style d'Angkor Vat, apparu sous le règne troublé de Jayavarman VI qui n'élèvera pas de temple-montagne, témoigne de la parfaite maîtrise des techniques acquises au cours du siècle précédent.
Suryavarman II fondera sa propre montagne sacrée à Angkor au début de son règne, à l'angle sud-est de l'antique Yasodharapura autour du Bakheng. La construction d'Angkor Vat, entreprise sans doute vers 1122, sera pratiquement achevée à la mort de Suryavarman II, vers 1150.
Contrairement aux sanctuaires précédents, celui d'Angkor Vat de distingue par son exceptionnel décor sculpté qui couvre des dimensions considérables. Les pilastres, les plinthes, les panneaux sont revêtus de feuillages qui imitent des tissus de soie brochée en provenance de Chine. Les panneaux de mur sont ornés des figures exquises des apsaras, danseuses divines qui prodiguent aux dieux et élus les joies inépuisables des paradis. Les reliefs de la galerie pourtournante du premier étage d'Angkor Vat (plus de deux kilomètres carrés de sculpture), largement inspirés de thèmes vishnuites, comptent parmi les chefs d'oeuvre plastiques de l'humanité. Il n'existe pas de reliefs narratifs sculptés plus beaux et plus audacieux dans le monde.
La qualité de la ronde-bosse du style d'Angkor Vat sera en retrait par rapport la beauté des reliefs, et même est en décadence par rapport à celle du Baphuon. Les statues, au modelé conventionnel et proportions trapues, au visages carrés avec leurs arcades sourcilières coupantes et bouches boudeuses chez les femmes, sont presque insignifiantes. L'accent est mis sur le costume. Quelques petits bronzes, souvent préférer au grès, se détachent de cette production.
Le style d'Angkor Vat, sommet de l'art khmer, marque la fin de l'art sivaïte au Cambodge, implantée par les Indiens douze siècles auparavant. Jayavarman VII, qui va relever Angkor de ses ruines et bâtira plus de temples que tous ses prédécesseurs réunis, les placera sous le signe du Bouddha. |